Peu après le départ, la guerrière se rappelle qu'elle ne connaît pas le chemin pour aller au Royaume des Ténèbres... Les deux comparses reprennent le flambeau et ils continuent leur route tous les trois. Le trio marche vivement, oubliant les heures de repas et les temps de repos. Bizarrement, aucune rencontre ne vient les importuner ; il est vrai que l'humeur de la meneuse découragerait les Dieux eux-mêmes. C'est ainsi que se passe une journée entière avant que la guerrière ne propose de camper en s'écroulant de soif, à moins que ce ne soit de faim ou alors de fatigue physique ou nerveuse ou alors peut-être qu'il s'agit de... Enfin bref, ils se reposent aux abords des "Montagnes de la Nuit".
Tous les trois endormis, ils n'entendent pas cette ombre s'approcher de leur campement. Repérant la bourse de nos dormeurs, elle décide que l'argent doit circuler plus librement. S'approchant de Kujata, elle lui détache habilement la bourse afin qu'elle lui arrive silencieusement dans les mains.
— Aaaaarrrrrrrggggggggg !!!!!! L'ombre hurle de douleur lorsque la petite bourse lui tombe dans la main gauche. Celle-ci s'enfonce de cinq centimètres dans le sol pourtant riche en cailloux. Avec ce long cri on peut aussi entendre celui des os de la main rendant l'âme. Les trois compagnons se réveillent brutalement et tandis que Kujata et Basara se lèvent surpris, Anibilla reste couchée en essayant de se boucher les oreilles. Basara devance son ami :
— Mais que se passe-t-il ?
— Mais qu'est-ce qu'il se passe ?
— Mais silence ! Dit la compagnonne d'un ton contrit et fatigué mais tout en restant au sol. Sans y faire attention le guerrier continue de parler, suivi de Kujata :
— Tiens ? Un homme vêtu en noir.
— Avec notre bourse dans sa main.
— Ouille, ça doit faire mal !
— Voilà ce qui arrive quand on essaye de voler une bourse contenant un milliard de pièces d'or. Leur discussion est entrecoupée de lamentations du brigand.
— Pitié ! Aidez-moi ! J'ai maaal !
— Fermez-la ! Se plaint la guerrière d'une voix loin d'être douce, mais pas assez vu que les pleurs continuent.
— Enlevez-moi ça !
Kujata rétorque, amusé :
— Un voleur qui veut qu'on lui enlève une bourse de ses mains. Un comble.
— C'est drôle, acquiesce le compère. Mais Monsieur "mains crabouillées" gâche l'ambiance :
— Je souffre !!
Exaspérée, la guerrière se lève brusquement, son épée à la main, bien décidée à couper court aux bruits ambiants :
— J'ai dit boucle-la !
Anibilla frappe méchamment le hurleur avec son épée. Par miracle pour lui, mais surtout grâce au manque de sommeil de la sabreuse, à moins que ce ne soit dû au manque de nourriture ou encore à cause de... Pardon, je m'égare. Donc c'est le plat de l'épée qui tombe sur lui. Assommé, le silence tant attendu revient enfin. Ils peuvent retourner se coucher et les heures passent.
Soudain, les lamentations ressurgissent :
— Ouille ! Aïe ! À l'aide ! J'ai mal !
Cette fois, elle se lève la première en crissant.
— C'est pas vrai ! Il est encore vivant celui-là !
— Wouha ! De toutes façons c'est l'heure. Basara, debout. La voix de Kujata est entrecoupée par celle du voleur.
— S'il-vous-plaît, enlevez-la moi !
Exténuée, elle se tourne vers le voleur en disant d'une façon peu amicale :
— La tête ? Les cordes vocales ? Pas de problème !
— Non, la bourse. Ma main est brisée... S'il-vous-plaît...
De son côté, Basara se lève en pleine forme et déclare :
— Je vais chercher à manger pour le petit déj.
— Bonne chasse ! Répond Kujata.
La guerrière retourne sa tête vers le brigand, la perspective d'un petit déjeuner proche l'a un peu calmée, leur dialogue reprend :
— Bon, c'est quoi ton problème toi ?
— Dans ma main, la bourse rouge.
— Quoi ? C'est à cause de cette petite bourse ! Mais il se fout de nous en plus !
— Non, non, il dit vrai, elle est vraiment lourde, précise Kujata pendant que l'autre continue de geindre.
— Bouh ! Je souffre ! Ouin ! Posant son épée, elle s'accroupit afin de prendre la bourse.
— C'est bon, tais-toi, je vais te l'enlever. Mais c'est quoi ça ? J'arrive pas à la bouger !
— Oups, pardon. J'y pensais plus. Voilà je la prends, dit Kujata en se rapprochant d'elle. Il soulève la bourse en la saisissant entre le pouce et l'index puis la rattache à sa ceinture, le délivré redevient silencieux.
— Mais comment t'as réussi à la soulever ? Elle pèse trois tonnes !
— Exact, mais c'est une bourse enchantée, pour moi elle ne pèse presque rien. Ça m'évite que des aventuriers dérobent l'or dans mon château lorsque je n'y suis pas. Très pratique.
Son petit discours est interrompu par l'arrivée de Basara traînant deux énormes et étranges créatures. L'une fait trois mètres de long pour un de haut et ressemble à un lion avec des ailes de chauve-souris et la queue d'un scorpion tandis que l'autre ressemble à un lapin géant bipède qui n'a pas du tout l'air d'être pacifique ni de se nourrir que de carottes.
— J'apporte le petit déjeuner ! Au menu, un lapinounours des plaines et une manticore, heu... des plaines aussi je suppose.
— En montagne ? Le ton de la dame à l'air sceptique.
— Mais c'est pas moi qui leur aie donné ces noms... Répond-il en mettant la viande à rôtir sur le feu.
— Bon appétit ! Déclare gaiement le voleur, dont on ne connaît toujours pas le nom, en s'asseyant près du feu.
— T'as pas l'impression de squatter, toi ? Fait remarquer la dame. Kujata, qui s'était éclipsé discrètement, se pose en face de ces deux-là en glissant dans la conversation :
— Quelqu'un a parlé de deux squatters ?
Après sa réplique, un silence se maintient durant la cuisson.
Alors que la bonne odeur de manticore et de lapinounours grillés se fait sentir, Basara brise en sauveur le silence :
— Qui veut le blanc de lapinounours ?
Le groupe se lèche les babines, ils penseront à devenir végétariens un autre jour. Kujata est le premier à réagir :
— Je prend, tu me donneras aussi les ailes du manticore.
Il est suivi de peu par Anibilla :
— Alors, je prend la cuisse du lapinounours et la queue de la manticore.
Le voleur, même s'il est plus timide, ne se laisse pas faire non plus :
— Je prendrai l'autre blanc de manticore.
Le cuisinier arrive à gérer les demande des affamés avec brio :
— Voilà, voilà. Bon, moi, je prends ses pattes arrières. Fais attention au poison dans la queue de manticore, Anibilla.
C'est alors que le bandit perd toute sa timidité et se vante en grandes pompes :
— Ce n 'est pas un problème, mes talents de moine sauront vous soigner.
— Tu sais soigner et voler ? Demande le cuistot.
— Et oui ! Pratique, n'est-il pas ?
— Non.
— Ah ? Mais on a toujours besoin d 'un soigneur ! Lui répond l'homme en noir en oubliant que l'on ne parle pas la bouche pleine. Anibilla, qui ne mange guère mieux, le soutient :
— C'est très utile pendant les combats.
Basara reste sur sa position en affirmant simplement :
— Non.
Le black soigneur rajoute alors :
— Je sais aussi déjouer tous les pièges et je peux ouvrir discrètement toutes les serrures. Hé ! hé !
— Inutile.
— Mais si c'est utile !
— Non.
— Mais pourquoi non ? Interroge la mademoiselle en s'arrêtant de manger. Elle n'obtiendra jamais de réponse, Kujata, qui vient de finir de manger, met fin à cette discussion stérile :
— Calmez-vous les enfants. C'est l'heure de partir. On a encore une longue route avant d'arriver au Royaume des Ténèbres.
À ces paroles, la tête du voleur blanchit :
— Vous allez au Pays des Ténèbres ? Mais vous avez perdu la têt... Sa phrase est coupée avec l'intervention de la belle.
— Il y a une récompense de dix mille pièces d'or à la clef.
— Mais qu 'attendons-nous ? On voit que le bandit change d'expression comme de chemise. Un grand sourire déchire son visage. |