Après les dix jours de marche et la demi-heure du massacre, le petit groupe de trois repart vers le village de Nerme bien décidé à réclamer leur dû de dix mille pièces d'or. Vont-ils se rappeler de payer l'armurier ?
Le voyage dans le sens inverse est tout aussi morne que le précédent. Sauf si on considère la pluie boueuse dont la composition est fort peu naturelle : eau, sable, poussière d'armure et hémoglobine. Résultat de la broutille de Kujata lors de la bataille.
Toute la nature est recouverte d'une fine couche de ce dégoulinant liquide visqueux, les deux guerriers, Basara et Anibilla, ne font pas exception. Seul l'épée DD de Basara ainsi que Kujata semblent épargnés du bain de boue forcé.
La nuit du neuvième jour, ils ne sont plus très loin du village. C'est alors que l'on entend le bruit de l'armure de la jeune femme lors qu'elle se lève puis diminue lentement au fur et à mesure qu'elle s'éloigne du campement. « Tchinc, thinc, thinc ».
Bien qu'elle ait essayé de faire ça furtivement, après une minute, Basara demande à Kujata sans bouger :
— Pourquoi elle va si loin ?
— Voyons, répond Kujata, tu sais bien que les filles vont toujours à vingt kilomètres lorsqu'elle ont envie de faire leurs besoins.
La discussion s'arrête là, ils se rendorment.
Plusieurs heures de marche très rapide plus loin, la guerrière s'arrête quelques instant derrière un arbre puis se parlant à elle même déclare :
— Ah ! Ça fait du bien ! Bon, j'ai réussi à fuir les deux psychopathes ambulants. Il ne me reste plus qu'à trouver un moyen de me venger de mes humiliations successives.
Elle s'accorde une heure de repos afin de récupérer de son petit marathon et de finir sa petit nuit de sommeil. La fille toute seule dans la forêt, visitée il y a peu par les deux autres, a à peine fermé les yeux qu'elle est réveillée par des voies de mâles humains.
— Ah ! Ah !
La chaperonne en armure sursaute « Quoi ! Ils m'ont déjà retrouvée ? » Pense-t-elle. Elle est déjà debout et c'est alors que les voix continuent :
— La bourse ou la vie !
— La vie ou la bourse !
— On a une préférence pour les deux !
C'est alors que, soulagée, Anibilla voit trois hommes encapuchonnés. Ils ne laissent que leurs yeux de perceptibles. Ils l'ont déjà encerclée, pour changer, la menaçant avec de courtes dagues mais qui ont l'air fort bien aiguisées. La guerrière, sereine de ne pas être en présence des deux monstres, met sa main sur le pommeau de son épée, offerte par on sait qui, et leur déclare :
— Vous tombez bien, j'ai besoin de me défouler !
Sa réaction surprend les voleurs mais ils ne sont pas déstabilisés pour autant. Le combat semble inévitable.
D'un bond, c'est la guerrière qui prend l'initiative, elle sort violemment son arme ; fait une feinte pour donner un bon coup de pied au bandit le plus proche. En plein thorax, la victime s'envole et fait un vol plané de plusieurs dizaines de mètres pour s'écraser dans un buisson peu accueillant.
Les capacités de la brute féminine provoque un mutisme général et stoppe net toutes les actions. |