L’inspecteur Petersen décrocha le téléphone. La voix de son supérieur au bout du combiné lui était familière. Cette fois, il devait enquêter sur une violation de sépulture. Une tombe avait été ouverte et vidée de ses occupants au cimetière Sainte Marie. Petersen ne s’était jamais considéré comme un vrai policier. Son travail se bornait à se rendre en divers lieux et à noter tout ce qui pouvait servir à l’enquête. Ces éléments étaient ensuite communiqués aux « vrais » policiers, si bien que lui-même n’avait jamais participé à la moindre arrestation ni même à aucune scène d’action. Petersen était un gratte-papier.
Son bureau était à l’image de sa vie , un capharnaüm où les documents liés à son travail se mêlaient aux photos de famille. Sur le mur, une photo de sa femme était accrochée sur la moquette verte à côté de celle d’un tueur notoire. Sur un bout de papier, il nota « Cimet. Ste Marie, Marylin Shene ». Il posa la note entre deux cendriers pleins. Un aide-mémoire en quelque sorte.
Petersen arriva au cimetière, jeta un mégot dans l’étang situé à l’entrée. Fumer dans un cimetière, ça le gênait. Mais jeter son mégot dans la fontaine, ça ne lui posait pas de problème.
Après deux heures à tourner dans le cimetière, il trouva la tombe en question. Elle était en fait très proche de l’entrée , mais cachée par un repli du terrain. Il l’examina. « Marylin Shene 1923-1999 », disait-elle. La terre avait été fraîchement retournée. Il prit des photos. La dalle avait été déplacée. La tombe était vide. Il examina la dalle. Il aurait fallu deux hommes forts pour la déplacer. Mais qui pouvait avoir intérêt à sortir le cadavre d’une inconnue de sa tombe ? Se renseigner sur cette Marylin Shene semblait être la prochaine étape de Petersen. Ce n’était pas une tombe de famille en tous cas… Maigre indice…
Petersen, Johan de son prénom. Il rendit visite au gardien du cimetière. Un jardinier en fait, pas un croque-mort… D’après ce qu’il lui dit. Il n’avait jamais connu ce genre d’événements auparavant. A part des jeunes qui trouvaient refuge dans le cimetière pour boire ou fumer, il n’avait jamais eu le moindre problème. Il entretenait les pelouses du cimetière depuis plus de vingt ans. La nuit dernière, il n’avait rien vu. Cet homme ne servirait à rien pour Petersen.
Sa voiture l’attendait toujours dehors. Croulante mais il espérait qu’elle démarrerait encore. C’était toujours un miracle.
Pendant ce temps, non loin de là, Vidocq, jeune étudiant brillant, prenait le chemin de la faculté de Sciences Philosophiques Et Lettres De Sainte Hélène en ce jour tant attendu des examens de fin d’année. En traversant les allées verdoyantes et printanières, il s’attardait tout aussi bien sur les fesses arrondies des statues qui les ornaient que sur celles non moins rebondies de ses camarades féminines. Une fois montées les marches du bâtiment principal, il entra dans le hall bondé de monde où s’affairaient les étudiants par centaines, tous persuadés que de se donner l’air pressé et inquiet leur attirerait sinon l’intérêt des juges, du moins leur pitié. Vidocq, lui, ne semblait pas stressé, bien qu’il n’eût rien préparé.
L’épreuve était l’oral, la dernière et la plus redouté en Philosophie. Le sujet était libre. Vidocq improvisa en voyant un tableau représentant une scène de chasse à courre, dernier exutoire visuel avant d’entrer dans la salle d’examen. Durant deux heures, il broda sur l’influence sur la psyché masculine de l’abandon de cette pratique, qu’était la chasse, les dérives psychologiques et philosophiques qui en avaient résulté et leurs conséquences sur la société. Parlant à chacun des examinateurs un à un, il divisa habilement hommes et femmes, séduisant, effrayant tour à tour les professeurs et les faisant tomber finalement sous sa coupe par d’habiles jeux de manches. Il était très fier de son petit effet.
Le professeur Grisemine lui remit son diplôme de main à main quand il eût fini. Vidocq, tout à son jeu subtil n’avait pas vraiment porté son attention sur Grisemine durant son exposé, mais lui, au contraire, ne l’avait pas lâché des yeux. Lorsqu’il lui tendit le papier, Vidocq eût peur de son regard.
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