Pendant ce temps, non loin de là, Vidocq, jeune étudiant brillant, prenait le chemin de la faculté de Sciences Philosophiques Et Lettres De Sainte Hélène en ce jour tant attendu des examens de fin d’année. En traversant les allées verdoyantes et printanières, il s’attardait tout aussi bien sur les fesses arrondies des statues qui les ornaient que sur celles non moins rebondies de ses camarades féminines. Une fois montées les marches du bâtiment principal, il entra dans le hall bondé de monde où s’affairaient les étudiants par centaines, tous persuadés que de se donner l’air pressé et inquiet leur attirerait sinon l’intérêt des juges, du moins leur pitié. Vidocq, lui, ne semblait pas stressé, bien qu’il n’eût rien préparé.
L’épreuve était l’oral, la dernière et la plus redouté en Philosophie. Le sujet était libre. Vidocq improvisa en voyant un tableau représentant une scène de chasse à courre, dernier exutoire visuel avant d’entrer dans la salle d’examen. Durant deux heures, il broda sur l’influence sur la psyché masculine de l’abandon de cette pratique, qu’était la chasse, les dérives psychologiques et philosophiques qui en avaient résulté et leurs conséquences sur la société. Parlant à chacun des examinateurs un à un, il divisa habilement hommes et femmes, séduisant, effrayant tour à tour les professeurs et les faisant tomber finalement sous sa coupe par d’habiles jeux de manches. Il était très fier de son petit effet.
Le professeur Grisemine lui remit son diplôme de main à main quand il eût fini. Vidocq, tout à son jeu subtil n’avait pas vraiment porté son attention sur Grisemine durant son exposé, mais lui, au contraire, ne l’avait pas lâché des yeux. Lorsqu’il lui tendit le papier, Vidocq eût peur de son regard. |