Elle progressait lentement. Il y avait plein d’obstacles sur son chemin, des blocs de béton surtout. Beaucoup de bâtiments s’étaient effondrés. Reconnaître et mémoriser à nouveau cette partie de la ville lui prendraient du temps, mais elle avait justement tout son temps. Bien évidemment, c’était dangereux. Où qu’elle aille, il y avait des Contaminés et ils étaient très violents. Mais elle ne pouvait pas non plus rester cantonnée dans les sous-sols. Elle n’avait pas été créée pour ça.
Elle perçut un mouvement dans son champ de vision, et s’immobilisa aussitôt.
– Qui est là ? Demanda une voix fluette.
Elle mit un certain temps à analyser ce qu’elle avait entendu et voyait maintenant, à quelques mètres d’elle, il y avait une petite fille couverte de terre qui rampait sur le sol. Ses yeux étaient blancs.
– Joan c’est toi ? La petite fille tâtonnait fébrilement autour d’elle, n’améliorant pas sa propreté. Qui êtes vous ? Répondez moi !
Elle sonda rapidement les alentours, elle et la petite fille étaient toutes seules. Elle reporta son attention sur la petite fille qui, conclut-elle, devait être aveugle. Elle ne semblait pas être atteinte du Mal de Yoshimistu, ni gravement affectée par les radiations. C’était une bonne nouvelle.
– Bon-jour-je-m’ap-pelle-Zoé-et-toi ? Sa voix était hachée, et le son désagréable. Cela faisait très longtemps qu’elle n’avait pas parlé ainsi.
– Je m’appelle Aurelle, vous n’auriez pas vu Joan ?
Ce nom ne lui disait rien mais elle consulta aussitôt sa mémoire.
– Qui-est-Joan ?
– C’est mon frère… Il m’a laissé ici… Il avait trop mal à la tête.
– A-t-il-le-Mal ?
– Non ! Mon frère n’est pas fou… Il faut le retrouver !
Elle ne dit plus rien pendant un moment pendant qu’elle recherchait une signature quelconque dans les environs. Aurelle s’était mise à sangloter.
– Il-n’est-pas-al-lé-très-loin. Mais-il-sem-ble-in-cons-cient. Annonça soudain Zoé. Prends-mon-bras, nous-al-lons-le-cher-cher-et-je-vous-pro-tè-ge-rai. C’est-ma-mis-sion.
Les mains d’Aurelle rencontrèrent le bras mais il était glacial. Celui-ci s’éleva doucement, l’aidant ainsi à se relever.
– Zoé, es-tu malade ? Tu es toute froide…
– Non-je-suis-com-me-ça. Nous-au-tres-n’at-trap-pons-pas-le-Mal-et-con-ti-nu-ons-de-veil-ler-com-me-nous-le-pou-vons-sur-vous, hu-mains.
« Plusieurs années avant que ne soit décidé l’Exode, plusieurs grandes villes de la planète mirent en commun leurs ressources et leur technologie afin d’élaborer un système de sécurité unique et révolutionnaire pour protéger leurs habitants des Contaminés. Il fut nommé le CUD, City Ultimate Defense. Au cœur de ce projet : une IA forte, alors baptisée Zoé, ayant tout pouvoir sur les décisions à prendre concernant la sécurité et la protection des citadins, les Hommes étant désormais faillibles à cause du Mal de Yoshimistu. Elle devait gérer deux zones :
– l’intérieur de la ville afin de détecter et expulser* tout nouveau Contaminé,
– l’extérieur de la ville afin de protéger des attaques et intrusions extérieures de Contaminés.
Tous les moyens lui étaient accordés : caméras, drones, robots, satellites… Toutes les villes dotées du CUD étaient reliées entre elles, permettant ainsi une gestion centralisée et coordonnée de l’IA. Ses concepteurs travaillèrent sans relâche et jusqu’au dernier instant à son perfectionnement. Ils la dotèrent d’apprentissage et d’autocorrection. Zoé représentait le renouveau d’un ordre dans un monde frôlant alors le chaos, même si elle n’apportait aucune solution au Mal.
Malheureusement donc, après seulement quelques mois de mise en service, les grandes villes furent précipitamment désertée, et l’IA, véritable bijou technologique, fut abandonnée et livrée à elle-même. Il faut noter cependant que ses réserves d’énergies lui permettaient de fonctionner pleinement plusieurs milliers d’années. Peut-être qu’un jour, si nous revenons, nous retrouverons sa trace sur Terra01. »
*Note de l’éditeur : à cette époque, la possibilité d’une guérison était encore envisageable, les Contaminés n’étaient pas systématiquement éliminés.
Extrait de « Petite histoire de la Mécanique »
William Hatchi
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